Re-gare

https://photos.app.goo.gl/cunHGt6aBUn6EYMv8

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2009.

Paris est une grande ville. Elle l’est parce qu’elle nous donne l’impression d’être dans ses murs comme sur une île. L’île de France en fin de compte. Une impression accentuée par les plans de métro ou des arrondissements : une sphère complète, presque parfaite ; un cosmos organisé, harmonisé. Urbi et orbi. Un monde à part, isolé ; isola, l’île une fois encore. Ainsi Paris, encerclé par des voies de circulation intense (équivalent moderne des fortifications médiévales), porte son regard sur soi-même, vers son centre (économique, culturel, transports, administratif, politique, etc.).

Cependant, tout ce beau monde ne vit pas d’amour et encore moins d’eau fraîche ; il vit sous perfusion, avec son lot quotidien de sang frais importé et de sang consommé à évacuer. Un véritable être vivant dont les organes sont les bâtiments et les artères les voies de transport. Chacun de nous n’est plus alors l’individu menant son propre destin, mais devient un simple globule oxygénant ce milieu urbain – une ville qui n’est plus cette machine broyant les hommes mais à présent un être qui les respire.

Parmi cet univers dont les mouvements nous submergent comme quelque chose d’absolu, les terrains ferroviaires arborent un je-ne-sais-quoi de fascinant à mes yeux. Pareilles à notre corps dont les organes intérieurs nous répugnent, les voies ferrées sont des lieux désaffectés, masqués à la vue des passants alentour. Ce sont des lieux obscènes en fin de compte, dont la ville a besoin mais qu’elle ne veut pourtant pas voir. 

La ville, Paris, c’est une concentration des plus denses de la population mondiale ; voici pourtant des paysages inhabitables, désertés en pleines journées.

La ville, Paris, c’est aussi son esprit romantique, ses beautés culturelles et architecturales ; voici pourtant des scènes inhumaines, mécaniques.

La ville, Paris, c’est encore le symbole de la liberté, du mouvement, de l’évasion ; voici pourtant des espaces stériles, figés dans les fers, aux répétitions angoissantes.

 

Me rendre sur ces lieux ferroviaires et les photographier, cela revient peut-être à me dire : « N’oublie pas l'envers du décor. »   






 

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